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Prévention et accompagnement

Le médecin et l’infirmière face aux violences conjugales: comprendre…

La compréhension des mécanismes d’emprise et du psychotraumatisme permettent aux acteurs de soin de mieux appréhender les situations de violences conjugales.

Psychologue clinicien à Béziers (34), psychothérapeute et formateur indépendant, Guillaume nous en explique la pertinence.

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8 Septembre 2018

Un problème majeur de santé publique

En France, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint.

Loin d’être exhaustifs, ces chiffres témoignent au contraire de l’ampleur de la mission collective de repérage et de soin, particulièrement aux professionnels de terrain ou simples citoyens.

Face au silence imposé, à la terreur, à la honte, la culpabilité, combien d’autres victimes de coups, d’injures, de viol, de séquestration, de dépossession de leur argent ? Combien d’autres se suicident ou tentent de le faire, souffrent de problèmes de santé et de troubles psychologiques ? Combien d’enfants associés aux violences intrafamiliales vivent également dans un environnement de terreur ?

Comprendre l’emprise et les stratégies de l’agresseur

Les violences physiques ne sont que la partie immergée de l’iceberg face à l’immensité des moyens mis en œuvre pour détruire et maintenir la dépendance de la victime.

La violence psychologique, le dénigrement, la culpabilisation, agissent comme une lame de fond. Un papier de verre abrasif, érodant lentement l’estime de la victime, parfois sur des dizaines d’années, tout comme sa capacité à être et penser.

Partir, présenté comme la solution. Et pourtant partir c’est justement là tout le problème.

Avons-nous en effet idée que le contexte de séparation (y compris post-séparation) est celui à plus fort risque létal pour la victime ? Comment partir quand on sent que la rage générée chez l’auteur peut conduire au meurtre ou celui de ses enfants ? Partir où et comment, quand nous n’avons plus rien, plus d’ami, plus de papiers d’identité et pas d’accès à son argent ?

Tant de préjugés sur cette incapacité à se défaire de l’agresseur, sur ces nombreux départs et retours vers l’agresseur. Mais ces derniers s’expliquent: en toile de fond on retrouve les effets dévastateurs de l’emprise et des troubles psychotraumatiques.

Dans ces situations, la violence est rarement une perte de contrôle de la part de l’agresseur. Au contraire, elle est le moyen de prendre le contrôle. Cela procède de stratégies et de manipulation extrêmement rodées, induisant sidération, flou, culpabilité, incapacité totale pour la victime de comprendre ce qui lui arrive.

Comprendre les mécanismes psychotraumatiques

Depuis les années 80’s, la science a développé une connaissance très fine des troubles psychotraumatiques.

Associés aux progrès de l’imagerie cérébrale, les croisements entre psychologie clinique, neuropsychologie, psychiatrie,  neurobiologie, ont permis d’une part de mieux comprendre les phénomènes neurobiologiques générés par le trauma, d’autre part de développer des pistes de soins adaptées.

La description de la mémoire traumatique piégée dans l’amygdale, du phénomène de dissociation traumatique, de la mise hors-service du traitement par l’hippocampe et le cortex permettent aujourd’hui de comprendre l’amputation des victimes à penser et réagir face à ce qu’elles vivent.

Se former s’est se donner les moyens d’être mieux armé en cas de repérage des violences conjugales

La compréhension du phénomène d’emprise, des quatre phases dans le mécanisme de violence, des stratégies de l’agresseur, sont autant d’outils pour appréhender les difficultés rencontrées par ces femmes victimes.

Pourquoi hésitent-t-elles à porter plainte ? Pourquoi reviennent-elles ? Pourquoi lui donnent-t-il une énième « dernière chance » ?  Pourquoi ressentent-elles de l’amour pour lui ?

Mieux formées à la compréhension des phénomènes d’emprise et des effets psychotraumatiques, les professionnels de terrain sont les plus à même de pouvoir dépister, ajuster leur posture, maintenir un lien.

Parfois, une femme peut commencer à retrouver une capacité de penser, commencer à parler de ce qu’elle vit, simplement parce qu’un médecin, une infirmière libérale, une sage-femme, une institutrice ou un ami lui a posé la question de la violence.

Moins de 20% de femmes victimes de violences conjugales osent parler de leur situation, 8% abordent le viol conjugal.

La rareté de cette parole imposent la nécessité de pouvoir disposer d’un minimum d’outils de compréhension et de conduite à tenir si la vie nous en porte un jour dépositaire. Les acteurs de soins de proximité sont aux premières lignes de cette mission collective.

Certains signes cliniques permettent de mieux détecter ces violences. Il est fondamental que chacun puisse les avoir en tête, tout comme certaines postures et conduites à tenir face à un repérage de violence.

De nombreuses formations sont disponibles, souvent prises en charge par le dispositif DPC.

Guillaume N

Prévention et accompagnement

Professionnels de santé : comment repérer les violences conjugales…

MALTRAITANCE DES FEMMES : REPERER ET ADOPTER LA JUSTE POSTURE

SOCOFORM – 1 JOUR

L’organisme de formation professionnelle Socoform dispense des journées de sensibilisation aux violences faites aux femmes financées par le DPC. Elles abordent les différentes formes de maltraitance, leur impact sur la santé, les signes cliniques qui permettent de la détecter. Sur le plan pratique l’intervention fournit des premiers appuis sur la juste posture et les premières conduites à tenir.

  • 1 JOUR
  • Pris en charge par le DPC
  • Formations sur toute la France
Consulter le calendrier / Inscriptions
MALTRAITANCE DES FEMMES : REPERER ET ADOPTER LA JUSTE POSTURE

 

Les enjeux de la prévention des maltraitances faites aux femmes

 

L’Organisation Mondiale de la Santé souligne l’ampleur des violences faites aux femmes à travers le monde. Un tiers d’entre elles auraient subi des sévices physiques ou des violences sexuelles à un moment de leur vie. Les maltraitances faites aux femmes sont nombreuses en fréquence et en diversité, engendrent un impact majeur sur leur santé.

Les enjeux de la prévention des maltraitances faites aux femmes

 

Prévention de la violence et analyse de pratique

La formation de Socoform propose un recueil des attentes et questionnements des participants, une première analyse des pratiques sur leurs témoignages et difficultés rencontrées sur le sujet.

Cette violence n’est pas toujours là où on croit, tout médecin généraliste, psychiatre, kinésithérapeute, ophtalmologiste, psychologue, sage-femme ou simple citoyen peut un jour rencontrer une femme battue.

Prévention de la violence et analyse de pratique

 

Repérer la maltraitance faite aux femmes et les mécanismes psychiques à l’œuvre dans les violences conjugales

 

Les mécanismes d’emprise psychologique et de culpabilisation à l’œuvre dans les violences conjugales engendrent également chez ces femmes des attitudes de banalisation, qui bien souvent s’attribuent la responsabilité de ce qu’il leur arrive.

 

La détection de la violence est un moment qui peut s’avérer crucial pour l’avenir de la victime qui bien souvent tait ce qu’il lui arrive, par honte ou peur des représailles. Elle peut être l’occasion d’un premier levier de changement si le professionnel adopte une juste posture et de bons réflexes.

 

Ces derniers passent par l’interpellation sur la gravité des faits et un travail d’information et d’orientation de la victime. Il est donc nécessaire d’avoir connaissance des dispositifs d’accompagnement, qu’ils soient psychologiques, juridiques ou associatifs.

Repérer la maltraitance faite aux femmes et les mécanismes psychiques à l’œuvre dans les violences conjugales

 

Développer des premières conduites à tenir pour accompagner une femme maltraitée

 

Cette formation courte propose aux participants des petites mises en situation professionnelle par vidéos ou jeux de rôle. Il s’agit d’éprouver les travers propres à ces situations en vue d’acquisition d’un repères et de réflexes.

 

Les psychologues intervenants apportent un regard clinique sur les distorsions psychologiques et les mécanismes à l’oeuvre dans la violence. Il s’agit d’identifier certains facteurs de risques et fragilités, de mieux cerner la symptomatologie clinique de cette maltraitance.

Développer des premières conduites à tenir pour accompagner une femme maltraitée

 

Des formations DPC dispensées sur toute la France, à destination des professionnels libéraux, médicaux et paramédicaux

Animées par plusieurs psychologues répartis sur la France, cette formation d’une journée s’avère très précieuse pour fournir la bonne réponse au moment opportun.

Une conduite appropriée qui peut changer la trajectoire d’une personne, en amorçant une protection et de nouvelles perspectives de vie.

Consultation du calendrier de formation et inscriptions

 

Prévention et accompagnement

Professionnels de santé : repérer la maltraitance infantile

Formation professionnelle DPC « maltraitance faite aux enfants » : repérer, comprendre, accompagner. SOCOFORM

 

L’organisme de formation professionnelle Socoform dispense une formation professionnelle DPC courte sur la maltraitance infantile : repérage, compréhension, accompagnement, aspects juridiques et administratifs.

Cette formation d’un jour est à destination de professionnels de santé médicaux et paramédicaux: psychologues, psychiatres, infirmières, éducateurs, sages-femmes, pédiatres, médecins généralistes, orthophonistes…

Consultation du calendrier / Inscrptions
Formation professionnelle DPC « maltraitance faite aux enfants » : repérer, comprendre, accompagner. SOCOFORM

1 JOUR

Pris en charge par le DPC

Sur toute la France

Les enjeux du repérage de la maltraitance faites aux enfants

La maltraitance des enfants est une réalité à laquelle sont confrontés nombre de professionnels gravitant autour de la jeunesse. Violences physiques, sexuelles, psychologiques, négligences lourdes…

Plus de 19 000 enfants maltraités ont été recensés en 2013. Le chiffre est bien en deçà d’une réalité intégrant des milliers de situations non détectées, mal identifiées ou tues. Ces écarts sont certainement à comprendre dans les écueils propres à la rencontre avec la violence : peur, doute, manque de repères cliniques, effets des dissimulations, angoisse, rareté des traces identifiables et des troubles spécifiques….

Les enjeux du repérage de la maltraitance faites aux enfants

Les acteurs soignants et sociaux aux premières lignes du repérage de la maltraitance

Identifier la maltraitance infantile est une mission sociétale collective qui s’adresse au citoyen, qu’il soit professionnel ou non. La réponse agit dans un cadre juridique qui n’est pas toujours bien connu de chacun, à commencer par l’obligation pénale de signaler toute situation repérée comme préjudiciable à l’intégrité physique, psychologique ou sexuelle d’un enfant.

Le travail de repérage et de prévention de ces situations sensibles reste une priorité pour les acteurs sociaux et soignants aux premières lignes avec les familles et les enfants. Il est important d’avoir en tête les contours définissant la maltraitance, la négligence, l’enfance à risque, afin de pouvoir engager les réponses les plus appropriées, alerter les bons dispositifs, ne pas perdre de temps.

Les acteurs soignants et sociaux aux premières lignes du repérage de la maltraitance

Des formations DPC sur toute la France

Ces formations courtes sont proposées par quatre psychologues répartis sur toute la France.

Elles fournissent une première analyse des pratiques et permettent aux participants la mise en commun leurs observations, ressentis, doutes, interrogations, de les mettre en travail dans le cadre des processus psychiques inhérents à la violence et au traumatisme psychique.

La question de la détection de la violence est d’autant plus complexe chez les enfants les plus jeunes, vulnérables et sans langage. Les professionnels de la petite enfance et les services sociaux détectent et accompagnent pourtant un nombre très élevé de bébés en danger ou à risque, évoluant au milieu de violences familiales ou face à des carences éducatives majeures.

 Des formations DPC sur toute la France

Contribuer à la prévention de la maltraitance faites aux enfants

L’incompréhension ou la mauvaise interprétation des pleurs d’un bébé, le non-respect de ses cycles de faim ou de sommeil, la difficulté d’attachement et la vulnérabilité parentale sont autant de facteurs favorisant les passages à l’acte. En soutenant leur compétence et celle de l’enfant, de  nombreuses familles peuvent toutefois évoluer favorablement si elles sont accompagnées, encadrées, soutenues. Reste à pouvoir les repérer pour amorcer les dispositifs sociaux, juridiques et soignants !

Contribuer à la prévention de la maltraitance faites aux enfants

Formation à destination du  professionnel du libéral, des acteurs sociaux, médicaux, paramédicaux

Médecins, pédiatres, psychologues, psychiatres, pédopsychiatres, éducateurs, infirmiers, sages-femmes, orthophonistes… Ces formations s’adressent à de nombreux acteurs de terrain.

Elles se révèlent précieuses pour les professionnels libéraux parfois seuls et démunis face à ces situations de danger.

L’intervention DPC fournit des premiers appuis de repérage clinique, qu’il s’agisse de tout-petits, d’enfants et d’adolescents. En dehors des troubles spécifiques relativement rares (traces physiques notamment), l’enfant maltraité présente une symptomatologie, des attitudes comportementales, des stratégies face à la violence, auxquels une sensibilisation accentue les chances d’un meilleur repérage.

Formation à destination du  professionnel du libéral, des acteurs sociaux, médicaux, paramédicaux

Mieux comprendre la symptomatologie de l’enfant maltraité

 

La formation permet aussi d’aborder en détail la symptomatologie, notamment les mécanismes de stress post-traumatique. Source souvent d’incompréhension, ils sont des constructions défensives et des mécanismes neurobiologiques très spécifiques articulés autour du traumatisme.

 

L’éclairage proposé sur ces phénomènes psychiques permet un meilleur discernement sur ce qu’il se passe chez le patient ou usager et d’ajuster les réponses.

Mieux comprendre la symptomatologie de l’enfant maltraité

Repérer la maltraitance du côté de l'entourage

Au-delà de l’examen clinique, la détection se situe aussi dans la rencontre avec l’adulte maltraitant.

Certains signes ou réactions, si ce n’est signer la maltraitance, peuvent en tout cas mettre « la puce à l’oreille », ajouter des éléments à la suspicion. Nous rassemblons dans cette formation appuis concrets dans la rencontre avec ces adultes, tout comme dans leur interaction avec l’enfant.

Il est par ailleurs important de comprendre les situations à risque et les facteurs récurrents de passage à l’acte et l’ensemble des pistes de prévention et d’accompagnement.

Repérer la maltraitance du côté de l'entourage

Analyses de pratiques et mises en situation professionnelle

L’analyse de la pratique et les mises en situation professionnelle sont proposées aux participants par l’intermédiaire de vidéos, d’études de cas ou de jeux de rôles. Ces ateliers pratiques permettent de prendre la mesure des écueils rencontrés en situation et de s’y préparer.

La rencontre avec la maltraitance infantile nécessite en effet des précautions, réflexes, connaissances juridiques et administratives. Comment réagir ? Que faire ou ne pas faire ? Qui contacter ? Comment protéger ? Comment signaler ? Qui peut aider ?

La protection de l’enfance nécessite des leviers juridiques et administratifs tels que le signalement ou l’information préoccupante. Les définitions de chacun sont abordés, tout comme leur champ d’action et leurs fins.

Calendrier et inscriptions
Analyses de pratiques et mises en situation professionnelle

 

Prévention et accompagnement

Quand l’infirmier rencontre le stress post-traumatique chez l’enfant

Julia est infirmière IDE dans un CMP-CATTP pour enfants et adolescents. Elle nous relate le cas d’une petite fille présentant un grave syndrome de stress post-traumatique. Concrètement on peut voir dans son récit comment le trauma opère et les conduites que cet enfant met en place autour.

Le Blog Synopsy

Julia, 26 ans, infirmière IDE en CMP-CATTP 

J’ai reçu en CMP il y a pas mal de temps une petite fille dont le suivi m’a beaucoup marqué.

Mon travail d’un peu plus d’un an en entretiens médiatisés lui a permis de retrouver un peu d’apaisement et de sécurité interne avant la mise en place d’une psychothérapie il y a trois ans.

J’appellerai cette enfant Chloé (pseudonyme).

Agée  de 5 ans, cette petite fille est arrivée en consultation suite à des révélations d’abus sexuels commises sur elle par un cousin adolescent qui vivait à son domicile.

Elle a été immédiatement confiée en famille d’accueil par placement judiciaire.

Lors de son arrivée, le consultant pédopsychiatre m’a rapidement demandé de la voir en individuel, à raison de deux fois par semaine.

Agitation, troubles du sommeil, cauchemars, anxiété

A l’époque, la petite fille était très agitée.

Les apprentissages n’étaient pas possibles : elle se levait en classe, rêvassait, décrite comme « ailleurs ».

Les crises clastiques étaient nombreuses, l’institutrice était démunie.

Chloé avait de gros cernes sous les yeux, elle ne dormait de 3 ou 4 h par nuit. Elle se levait la nuit, jouant jusque très tard. Son assistante familiale qui ne savait plus quoi faire.

Quand l’enfant parvenait à s’assoupir, son sommeil était très agité: elle hurlait, se griffait le visage et souvent tombait à terre.

Le pédopsychiatre lui prescrit un traitement qui lui améliora un peu le sommeil.

C’était une petite fille attachante et contente de venir. Elle présentait des symptômes que je n’avais encore jamais rencontrés.

Conduites d’évitement

Quand j’ai commencé les entretiens infirmiers, il était strictement impossible de pouvoir discuter avec Chloé.

La petite fille était très agitée, passait d’un jeu à l’autre en quelques secondes, renversait les jouets.

Dès que j’essayais de discuter elle se bouchait les oreilles, s’agitait, criait. « On joue, on joue ! On parle pas ! », se précipitant sur le premier jouet qu’elle trouvait, avec cette impression de chercher à détourner la conversation.

Ses jeux étaient tantôt chaotiques, tantôt très érotisés.

Des personnages qui se tapaient dessus ou qui s’embrassaient, sans aucune notion des générations.

Des jeux au thème répétitif et sans évolution

Le papa embrassait sa fille sur la bouche, s’appelant tantôt papa, tantôt le prénom du cousin. Elle déshabillait ses poupées, exprimait des mots crus dans ses jeux, « cul », « zézette ». Ce jeu semblait comme « tourner en boucle », sans évolution.

Par moments, elle s’arrêtait de parler, regardant fixement dans le vide, absente d’elle-même.

Chloé craignait le contact physique.

Elle ne me serrait pas la main, mais ne rechignait pas à me faire coucou.

Une crise d’agitation très intense

Un jour, alors qu’elle jouait avec un ballon, elle perdît l’équilibre.

Dans un réflexe, je me précipitai pour la rattraper et la retînt contre moi.

La petite fille s’échappa brusquement de mes bras et se mit à hurler. Elle prit les jouets à sa portée et commença à la jeter dans la pièce. Elle devînt subitement très agitée, je tentai de la contenir mais elle se débattait. Elle me mordit le bras très fort.

Chloé s’approcha du bureau et déchira les papiers qui s’y trouvaient. Elle s’empara de mon téléphone portable et le projeta sur la fenêtre qu’elle fendît.

J’avais à ce moment littéralement l’impression de ne plus avoir la même enfant en face de moi. Chloé avait un regard différent, le visage déformé par la souffrance.

Je finis par la contenir physiquement pour la protéger, elle hurla, me griffa, me mordit, mais finit progressivement par se calmer, s’apaiser. Je lui chantai des comptines doucement près de l’oreille. Elle finit par s’endormir.

J’eus droit à plusieurs reprises à des épisodes similaires, moins intenses toutefois.

Je m’étais rendu compte que la pâte à modeler était quelque chose qui l’apaisait beaucoup, nous avons donc continué sur cette médiation, sur fond de musique douce.

Après un an de prise en charge et le travail dévoué de son assistante familiale, elle était nettement plus calme et mieux disponible aux apprentissages. Une psychothérapie a été mise en place avec ma collègue psychothérapeute.

Discussion clinique

Guillaume est psychologue et psychothérapeute. Il dispense par ailleurs avec d’autres psychologues des  formations DPC autour de la maltraitance infantile pour le compte de l’organisme Socoform, à destination des professionnels de santé médicaux et paramédicaux.  Quelques retours et hypothèses cliniques.

Syndrome de stress post-traumatique

Le syndrome de stress post-traumatique est cette manière dont le corps et le psychisme vont s’organiser autour du trauma, en l’occurrence les graves agressions subies par Chloé.

Le trauma, c’est quoi ?

Le trauma est à comparer à un choc, une blessure psychique.

Polytraumatismes

En l’occurrence pour cette petite fille, il ne s’agit pas d’un trauma unique et circonscrit dans le temps, mais de traumas répétés dans la durée.

Les conséquences sur le psychisme sont beaucoup plus sévères, avec des manifestations symptomatiques très complexes, notamment ce que l’on appelle les phénomènes de dissociation traumatique.

Le trauma est à comparer à une submersion, quelque chose de si intense et de si peu intégrable que les capacités psychiques sont littéralement débordées.

Sur le plan neurobiologique, le mécanisme qui se produit dans le cerveau peut en tout point se comparer à une disjonction.

Pour l’image, le disjoncteur est une coupure volontaire pour protéger les appareils de la maison. Au niveau corporel le système est comparable. Il faut en effet savoir que le stress extrême produit un survoltage qui peut présenter un danger sur le plan cardiaque et neurologique.

Le cerveau va donc procéder à des mécanismes de disjonction pour protéger les fonctions vitales du corps.

Cette « déconnexion » se produit par la production d’hormones spécifiques, que l’on retrouve par ailleurs dans certaines drogues dures.

Au sein du système limbique du cerveau, ce phénomène vise à « anesthésier » le circuit émotionnel et produire une rupture entre la  mémoire traumatique située dans l’amygdale (siège des émotions) et le reste des organes qui permettent de traiter l’émotion ou les réponses au stimulus émotif, en particulier l’hippocampe.

Mémoire traumatique piégée

La mémoire traumatique est donc piégée dans l’amygdale : elle ne peut pas être traitée et reste diffuse dans le psychisme, tournant en quelque sorte en boucle sans pouvoir nulle part s’arrimer à quelque chose.

C’est ce que l’on va observer dans les cauchemars répétitifs où le sujet revit dans son sommeil les scènes traumatiques, certainement ce qu’il se passe quand Chloé hurle quand elle dort.

Par ailleurs, son jeu post-traumatique avec les poupées est à considérer dans ce même registre.

Passionnante clinicienne et spécialiste des phénomènes psychotraumatiques, le Dr Muriel Solmona compare souvent cette mémoire traumatique à un « terrain miné ».  En effet, cette mémoire traumatique non-traitée infeste littéralement le psychisme.

Hypervigilance et conduites d’évitement

On peut en quelque sorte dire que le sujet marche donc sur un terrain infesté de mines, avec l’hypervigilance permanente et les manifestations d’évitement que celà comporte… pour ne pas sauter sur une mine.

L’hypervigilance et les conduites d’évitement sont d’ailleurs des éléments très prégnants dans la symptomatologie du syndrome de stress post-traumatique.

L’hypervigilance de Chloé, je le crois, s’exprime notamment dans ses déambulations la nuit, le lâcher-prise du sommeil représentant pour elle un danger. On voit d’ailleurs que c’est le cas pour elle, revivant son trauma dans ses cauchemars.

Il faut bien avoir en tête que dans le stress post-traumatique, la personne peut voir sa détresse se réactiver au moindre élément (visuels, sensitif, olfactif, tactile, situationnel etc..) ressemblant ou rappelant quelque chose du traumatisme.

Il revit alors sa terreur avec la même intensité que lors du trauma.

Dans les cas les plus sévères, la dissociation a cet effet d’éteindre le circuit émotionnel. Le sujet va alors se « couper de lui-même ou de ses émotions » (comme quand Chloé regarde dans le vide) ou faire face désorganisation soudaine et extrême.

Revivescences, flash-backs …

Pour le comprendre, il faut intégrer que le sujet traumatisé vit-il dans un monde infesté de “bombes” (de détails sensoriels, de paroles, d’odeurs, d’impressions…) prêtes en permanence à lui réveiller sa mémoire traumatique.

Il souffre d’images intrusives (flash-backs, images horribles etc..) qui s’imposent à lui à n’importe quel moment de la journée.

On comprend mieux l’hypervigilance et la lutte permanente que ça lui demande pour tenter d’éviter les revivescences.

L’agitation de Chloé est certainement à entendre dans ce cadre-là. La parole est menaçante car elle l’expose à la possibilité d’évoquer un mot, un détail, une représentation qui éveille sa mémoire traumatique.

Il lui faut donc adopter des stratégies d’évitement pour éteindre tout risque. L’épisode d’agitation survient à ce moment de contact tactile avec Julia, certainement vécu comme intrusif et éveillant brusquement son trauma.

Le dévouement de l’assistante familiale et des soignants a certainement permis progressivement à Chloé de commencer à retrouver un sentiment (si mince puisse-t-il être) de sécurité psychique et corporelle, ses repères étant jusque là dévastés par le trauma.

Le repérage des maltraitance conditionne la protection et l’accès aux soins pour les enfants

Le travail de soin reste toutefois conditionné par le repérage de ces enfants, une mission qui nous concerne tous, particulièrement les professionnels évoluant auprès des familles et des enfants.

Le travail de formation que j’effectue avec mes collègues est essentiel pour améliorer le repérage des maltraitances faites aux enfants. Nous travaillons sur toute la France avec des infirmiers libéraux, des médecins généralistes, des pédiatres, des sages-femmes, des orthophonistes etc…

C’est ce repérage qui conditionne pour l’enfant la possibilité d’être protégé, accompagné et durablement pris en charge de façon adaptée.

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formation maltraitance bébé enfants Prévention et accompagnement

Les sages-femmes face à la maltraitance infantile

La question de la maltraitance infantile est un sujet sensible auquel sont confrontés les professionnels de la petite enfance. Les acteurs de terrain au plus proche des familles sont aux premières lignes, notamment les sages-femmes. Des formations courtes permettent des premiers appuis pour le repérage des violences et les premières conduites à tenir. Psychologue-formateur, Guillaume nous en dit quelques mots.

Le Blog Synopsy

Guillaume

Psychologue, formateur

Psychologue et psychothérapeute, j’interviens pour le compte de Socoform dans des formations DPC sur le repérage des maltraitances infantiles. Les sages-femmes libérales sont souvent nombreuses à participer à cette journée de formation. Souvent seules face à leurs interrogations, ces dernières peuvent toutefois bénéficier de meilleurs appuis par une sensibilisation aux signes cliniques, aux dispositifs existants ainsi qu’aux premiers conseils sur les conduites à adopter.

Les sages-femmes sont généralement un public dynamique et très bavard ! Je suis toujours frappé de la richesse clinique qu’elle peuvent apporter dans mes interventions, d’autant plus celles qui travaillent dans les quartiers défavorisés des grandes agglomérations ou certaines régions rurales à forte détresse sociale.

Une participation à la mesure des situations qu’elles rencontrent, des doutes et questionnements qu’elles ont sur le développement et la protection de nombreux bébés et leurs frères/soeurs, de femmes enceintes dont elles s’occupent.

Age et besoins spécifiques du bébé : facteur de risque de la maltraitance

Le jeune âge de l’enfant est un facteur de risque très prégnant dans la maltraitance faites aux enfants.

Le bébé est complètement dépendant de son entourage pour subvenir à ses besoins vitaux. En plein développement, les bébés n’ont par ailleurs pas la maturité physiologique et psychique pour traiter la vie et la sensorialité qui les environnent.

L’adaptation de l’entourage à l’enfant constitue principalement ce filtre autour de lui, en traitant pour lui ce qu’il se passe autour de lui et en lui, en lui restituant d’une façon assimilable pour lui.

Quand on parle au bébé, on lui explique ce qu’il perçoit et ce qu’il vit, afin qu’il puisse se l’approprier. Lui ne sait pas qu’il a faim, qu’il est en colère, qu’il a peur, qu’il a besoin d’être pris dans les bras : il le sait progressivement parce que papa et maman le lui disent.

« Ouhhh tu as faim. Ouhhh tu es en colère… ».

Aussi le monde est pour le petit bébé un univers sensoriel externe et interne à décoder à mesure qu’il grandit et l’entourage l’accompagne en permanence.

Avant, ce sont pour lui des éléments sensoriels désagréables, qui n’ont pas encore le sens attribué par le langage, parfois même une véritable agression.

Je prends un exemple : une maman qui marche avec son bébé dans la rue.

Un coup de klaxon est pour nous… un coup de klaxon. Pour un petit bébé, c’est une agression sonore, inquiétante, dépourvue de sens, voire désorganisatrice.

La signification ne prend forme que dans ce que lui renvoie l’adulte bienveillant : « ne t’inquiète pas, c’est juste un tût-tût de voiture ».

C’est de cette manière, dans le maternage de l’entourage, dans la parole, le regard, l’enveloppement corporel, qu’il acquiert un filtre pare-excitatoire qui donne du sens au monde.

Aussi, si l’on applique cet exemple à des illustrations autrement plus préoccupantes, quel impact représenter pour le bébé un environnement de violences conjugales ? De cris ? De coups ?

Le dommage réside autant pour lui sur la lésion physique que sur l’agressivité et l’intrusivité sensorielles : à cette période d’extrême vulnérabilité où il n’a pas constitué, unifiant, ses enveloppes psychiques protectrices et pare-excitatoires.

Accompagner la parentalité vulnérable

L’adaptation aux besoins de l’enfant est altérée dans certaines conditions de fragilité parentale. Pour de nombreuses raisons (isolement, fragilités psychologiques…) certains parents éprouvent les plus grandes difficultés à pouvoir s’adapter à leur bébé, créer un attachement, répondre à ses besoins.

Les cycles de faim et de sommeil mal compris, tout comme les besoins physiologiques, sensoriels et affectifs. En résultent des mauvaises interprétations, des sentiments de persécution (« il le fait exprès »), des réponses inadaptées et malheureusement parfois de la violence.

Repérage de l’enfance en danger: une mission collective

A côté des dispositifs sociaux notamment la PMI, des acteurs socio-juridiques, la détection des situations de maltraitance ou à risque est donc une mission collective de prévention qui s’adresse à tous, particulièrement les professionnels aux premières lignes de la petite enfance.

Plus les situations à risque sont repérées tôt, plus l’accompagnement pourra être fructueux. De nombreux tout-petits en danger ne sont souvent repérés que tardivement.

La détection précoce de la violence est déterminante pour l’avenir d’un bébé, tant sur le plan de sa protection que son développement psychocorporel.

Le temps d’accompagnement est donc à privilégier en amont, période où les sages-femmes peuvent tenir un rôle décisif de repérage et d’orientation, tout comme les médecins de famille. En dehors du registre de la maltraitance, les sages-femmes font par ailleurs un extraordinaire travail de dépistage et d’orientation, je pense à particulièrement à la dépression post-natale.

La connaissance des facteurs de risque de la maltraitance donne d’ors et déjà une attention particulière à certaines situations sensibles et ce y compris durant la grossesse : jeunes parents, stress économique, alcoolisme familial, antécédents de maltraitance chez le parent, bébés avec des besoins spécifiques (bébé prématuré, maladie congénitale, handicap…)…

Recevant beaucoup de femmes enceintes ou de jeunes parents, le développement des unités de petite-enfance et de psychiatrie périnatale dans les services de pédopsychiatrie font un travail remarquable de prévention et de soin, aux côtés des services sociaux, des associations : consultations familiales, accompagnement mère-enfant, groupes parents-enfants…

Connaître les dispositifs d’accompagnement des enfants en danger ou en danger de l’être

Il est important que la sage-femme puisse avoir une connaissance claire de ces dispositifs soignants, éducatifs, socio-judiciaires pour relayer ses premières alertes. Sur le plan préventif des situations à risque, la relation qu’elles tissent avec les jeunes mamans est précieuse pour pouvoir aborder ces questions, orienter dans une démarche de soutien et de collaboration.

La sensibilisation aux besoins du petit, le soutien de l’interaction et des compétences des parents et du bébé, sont autant de facteurs de prévention: il est fondamental de pouvoir disposer de certains outils pour discerner ce qui ressort de la maltraitance et ce qui ne l’est pas, afin de pouvoir orienter les familles vers les partenaires appropriés.

La sensibilisation aux signes cliniques de la maltraitance permet bien souvent de pouvoir structurer les perceptions, doutes et ressentis qui vont mettre « la puce à l’oreille » au professionnel. Il est important par ailleurs de pouvoir être attentif au mode de relation entre les adultes et l’enfant.

Face à des suspicions, certaines attitudes et la compatibilité des explications aux blessures constatées vont par ailleurs appuyer les soupçons de maltraitance.

La formation des acteurs de terrain : axe essentiel de la prévention

Les formations courtes que nous proposons permettent à chacun une première analyse de pratique, le partage de tous ces doutes et écueils rencontrés sur le terrain. Elles fournissent des appuis éclaircissants pour la détection, l’abord et l’accompagnement de ces situations.

Comment aborder cela avec la famille ? Qui contacter ? Faut-il signaler ? Quelle différence entre information préoccupante et signalement ? Comment gérer la réaction de la famille ? Quels sont les dispositifs sociaux, administratifs et juridiques à alerter ? Les sages-femmes libérales se retrouvent bien souvent seules face à ces situations.

Aux côtés de collègues psychologues via l’organisme Socoform, nous dispensons notre journée de formation au repérage des maltraitances infantiles dans toute la France. Elle est prise en charge dans le DPC et fournit des premiers appuis  pour adopter les bons réflexes au bon moment, ne pas passer à côté d’un enfant en danger.

Prochain passage : le 19 juin 2018 à Clermont-Ferrand.

Inscriptions à la formation maltraitance faites aux enfants

Guillaume

Psychologue, formateur

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Psychothérapie

Jouer : lieu-même de la rencontre en psychothérapie d’enfant

pourquoi jouer est important en psychothérapie
Le jeu est le cœur même de la psychothérapie d’enfant

Au delà d’un média facilitateur, le jeu est le cœur-même de la rencontre entre un patient enfant et son thérapeute. Psychologue clinicien et psychothérapeute pour enfants, Guillaume nous livre un témoignage de son expérience en psychothérapie d’enfant.

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Guillaume

psychologue, psychothérapeute.

Pourquoi le jeu en psychothérapie d’enfants ?

Le jeu est un élément essentiel de la psychothérapie d’enfant que j’ai à cœur de transmettre aux familles concernant les points saillants de ma conception du soin auprès des enfants.

La nécessité des jeux m’apparaît plutôt bien comprise par les familles, à priori, dans ce qu’ils comportent de  facilitateurs de la relation avec les enfants.

Si on parle là des jeux, parle-t-on pour autant du jeu ? Winnicott nous dit la chose suivante : « à quoi avons-nous affaire en psychothérapie ? A deux personnes en train de jouer »[1].

Il y a là une dimension déterminante dans la pratique psychothérapique qu’il m’a fallu progressivement découvrir, construire, penser.

Travailler au chevet de l’enfant demande cette capacité de pouvoir jouer avec lui et je souhaiterais ici réfléchir à ce que le jeu en psychothérapie a de spécifique.

Illustration clinique : Tom 8 ans

J’appellerai Tom le petit garçon dont je veux parler, qui m’a été adressé en psychothérapie il y a quelques années. Je dus préalablement procéder à plusieurs entretiens avec la famille, qui par ailleurs avait été bien préparé par le médecin pédopsychiatre qui me l’avait orienté.

Première rencontre

Mais dans la première rencontre, Tom me fit entendre qu’il était fermement décidé à ne pas venir me voir, que mes efforts seraient bien vains pour qu’il accepte.

Je lui répondis qu’il n’en était effectivement pas obligé, il m’accorda toutefois l’accord d’une deuxième rencontre un mois plus tard « pour réfléchir » m’a-t-il dit.

Deuxième rencontre

Lors de la deuxième rencontre, Tom restait verrouillé, chuchotait des insultes à mon égard, grognait sitôt que je m’adressais à lui ou lui proposais quelque chose. J’eus droit même à un discret doigt d’honneur.

Je crû l’essai un peu précoce.

Pourtant, la maman m’informa qu’il parlait beaucoup de moi à la maison depuis la première rencontre, et qu’il s’était approprié un certain nombre de mes retours.

Elle ajouta qu’il  s’était aussi beaucoup bagarré ces derniers temps avec ses camarades, et qu’il était fort agressif avec son beau-père. Il accepta ma proposition de revenir une troisième fois.

Troisième rencontre

Lors de la troisième rencontre, il rentra seul dans mon bureau, désireux de commencer l’aventure.

Notre premier contact individuel s’établît à partir d’une balle qui traînait par terre et suscitait son intérêt.

Voyant l’opportunité de jeu qu’il m’adressait, je transformai en raquette de tennis une bouteille de soda avec laquelle j’arrose mes plantes et me tînt en face de lui, comme prêt à recevoir le « service ».

Je mimais un tennisman.

Il répondît avec plaisir au jeu créatif. Le bureau devînt en quelques secondes un court de tennis, dans lequel nous goûtâmes au plaisir intersubjectif de nous rencontrer.

Il amena un certain nombre de contenus fort agressifs à mon égard : services de tennis «  boulets de canon », et puis finalement mise en scène d’un combat avec des figurines de Schrek et de Chat Potté, à qui il avait attribué un lien de paternité.

Il pouvait à présent commencer à mettre en scène ce qui l’agitait, et me laisser, pendant que nous jouions, lui en dire quelque chose.

Dans cette bagarre entre Shrek et Chat Potté, il me laissait lui parler de cette agressivité qui l’animait actuellement à la maison, à l’école et vis-à-vis de moi.

Les premières séances donnèrent d’ailleurs lieu à un apaisement des troubles à l’école.

Le jeu spontané : espace de rencontre avec Tom

Tom a pu me dire non avant de me dire oui. Il disposait de cette liberté qui lui permettait s’approprier la démarche, d’exister dans son désir.

Je fus surpris qu’il réponde si vite à mon jeu, car mes tentatives de jouer avec lui lors des premières rencontres avaient échouées.

Les deux mois durant lesquels nous nous sommes préalablement rencontrés lui avait permis de reconnaître quelque chose dans ce que ce que je lui avais présenté de la psychothérapie.

Lorsque je prends ma bouteille de soda et que je mime un tennisman, je réponds de façon créative à son souhait: il y a un partenaire, le jeu est possible, je suis d’accord avec ta proposition de jouer à la balle, je te propose de mon côté d’imaginer le bureau comme un court de tennis.

Le jeu : ni dedans, ni dehors

Il n’est pas réel, et pourtant nous y sommes.

Comme le souligne Donald Winnicott, c’est une aire qui n’appartient pas au dedans (nous sommes bien là, nous nous parlons, nous jouons), mais qui n’est pas non plus au dehors (des contenus internes agressifs animent le jeu de Tom) : c’est une espace transitionnel, un embrayeur à partir il me parle de quelque chose à propos de son inconscient.

Quelque chose que je cherche à entendre, transformer, lui restituer de façon qui puisse être intégrable.

Il ne l’aurait pas fait si je l’avais fait asseoir et lui avais demandé de parler. Parler de quoi d’abord ?

Je me souviens de mes premières expériences en CMP.  On jouait un peu à des jeux, j’étais dans l’idée que peut-être, au bout d’un moment, ils se sentiraient suffisamment en confiance pour me parler d’eux.

A peu de choses près, je pouvais m’imaginer qu’ils pourraient tranquillement me livrer leur vie psychique en face à face, eux sagement assis sur une chaise et moi retranché derrière mon bureau !

Se rencontrer

Je n’avais pas saisi que le jeu, au-delà d’un facilitateur d’expression, était le lieu-même de la psychothérapie, l’endroit où l’enfant me permettrait de le rencontrer.

Je constatais toutefois que sur un certain nombre d’enfants, le travail que je faisais n’avait absolument aucun effet.

Les enfants n’ont pas manqué de me signifier qu’il fallait rapidement prendre une autre trajectoire si je voulais réellement les rencontrer et entendre quelque chose de leurs tourments et de leur désir.

Et d’ailleurs, les enfants ne me parlaient pas : ils ne pensaient… qu’à jouer !

Je pense aussi à ma rencontre avec certains adolescents : le vide, l’adolescent que ne dit rien et que je noie de questions inutiles plutôt que de proposer un jeu de cartes, un jeu de société, un puissance 4.

A l’époque, je faisais le constat quelque chose ne prenait pas. Je n’ai pas tardé à me rendre compte que je butais contre des énigmes.

Jouer pour penser

Je découvrais que ces enfants  qui ne « pensaient qu’à jouer », ne cessaient en fait de m’inviter à « jouer pour se rencontrer », « jouer pour entendre quelque chose de leur inconscient ».

L’enjeu psychothérapique devenait à mesure celui de « jouer pour penser », « jouer pour symboliser, représenter quelque chose »…

Je comprenais peu à peu cette nécessité de donner la barre à l’enfant, le laisser me conduire dans son pays à lui, sa réalité psychique, tout en veillant à ne pas chavirer, ne pas faire naufrage. Parfois tenir la barre à deux, lorsque la houle est trop forte.

J’ôtais mes chaussures, je descendais de plus en plus souvent de ma chaise pour m’asseoir au sol avec l’enfant.

Le couloir du CMP devenait une piste de course, la corbeille à papier un panier de basquet, le placard une cachette. Il n’était plus question de sièges et de tables, mais de châteaux-forts, de refuges, de cabanes.

Les plantes à arroser devenaient de formidables médiations, des rituels chers aux enfants durant lesquels il pouvait se passer des moments très féconds.

Tandis que je commençais à entendre, les enfants commençaient à me parler d’eux, à rejouer avec moi des choses que je saisissais mieux, à mettre en scène des fantasmes, leurs angoisses, il pouvait davantage trouver un appui dans ce que je leur proposais.

Ma théorie et mon expérience s’enrichissaient et je voyais advenir le vivant de la psychothérapie : quelque chose prenait.

Je me libérais de certaines conceptions que j’avais intériorisées ou mal assimilées à la faculté à propos du cadre, les « il faut » et les « il faut pas » qui tourmentent les jeunes psychologues.

Je découvrais un cadre infiniment plus large que celui que je m’étais représenté : celui qui était à ajuster, à créer en fonction de l’enfant que je rencontrais, de ce que je sentais important pour lui : ce « métacadre », dont parle René Roussillon.

Qu’est-ce qui va me permettre de rencontrer mon patient ? Quels moyens créatifs vont me permettre d’ouvrir des espaces transitionnels avec lui, d’embrayer quelque chose ?

Si ça prend de faire un entretien sous la table avec un petit de 3 ans, si ça prend de faire un entretien dos à dos avec des téléphones en plastiques, si ça prend d’aller marcher dans le jardin du CMP avec un ado, alors quel problème cela peut-t-il poser si ça prend et si ça marche?

La psychothérapie devenait un espace de infini de créativité, un lieu où je me laissais guider par les opportunités de jeu que les enfants m’amenaient.

Tantôt se taire, tantôt proposer, laisser-faire, rentrer dans le jeu, nommer, transformer, contenir.

Un espace de symbolisation s’ouvrait à eux lorsqu’ils découvraient que dans cet espace sécure, sans que cela fût dommageable pour leur intégrité, ils pouvaient attaquer, détruire, kidnapper, parler de caca, de pipi, parler de peine, d’amour, de colère, de haine, de jalousie, de terreur, exprimer les besoins jusqu’aux plus archaïques.

Pour reprendre la métaphore d’Antonio Ferro[3] à propos de la fonction Alpha de Bion si chère à ma pratique, l’espace de psychothérapie devenait comme un grand moulin dans lequel les enfants emmenaient des gros sacs « Béta » de grain brut à concasser, à meuler, à transformer en quelque chose qu’ils pouvaient assimiler et s’approprier.

Je découvrais que le plaisir du jeu ouvrait à des possibles insoupçonnés, y compris avec des enfants très régressés, voire retirés dans le repli autistique : qu’il pouvait être surprenant de capter un regard, une incitation motrice, un sourire, si fugace soient-ils, lors d’un envol de bulles, d’une lancer de balle ou d’un ballon baudruche qu’on lâche à ses quatre vents.

Ainsi peut-être puis-je raconter quelque chose du jeu en psychothérapie d’enfant, au carrefour de la créativité du patient et celle de son thérapeute.

Guillaume

Psychologue-psychothérapeute

[1] Winnicott, jeu et réalité 1972

[3] Ferro, A. (2000).La psychanalyse comme œuvre ouverte. Erès. Toulouse.

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psychothérapie d'enfant Psychothérapie

Quel impact des représentations de l’entourage dans la mise…

Réflexion sur l’impact des représentations de l’entourage dans la mise en place d’une psychothérapie d’enfants

psychothérapie d'enfant

Réalisé par Guillaume, psychologue et psychothérapeute, ce travail fait partie d’un exposé présenté par les ateliers du colloque de la SFPEADA (Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent et Disciplines Associées) il y a quelques années.

Le Blog Synopsy

Guillaume

Psychologue et psychothérapeute

Installer une psychothérapie d’enfant nécessite un important travail de coordination et de préparation de l’entourage familial. Il est par exemple fondamental d’explorer les représentations que peut avoir l’entourage sur une telle démarche et sa manière de les restituer à l’enfant.

 

Lorsque j’ai commencé à écrire ce travail, la réflexion sur laquelle je proposais en préambule concernait les idées collectives ou individuelles dont la psychothérapie d’enfant pouvait faire l’objet.

Quelles représentations sur la psychothérapie d’enfant ?

Si vous n’êtes pas psychologue, vous pouvez d’ors et déjà vous amuser quelques instants à imaginer comment expliquer une proposition de psychothérapie à un enfant de 5 ans.

Un monsieur avec qui tu vas parlerUn monsieur à qui tu pourras raconter des choses, faire des dessinsUn monsieur avec qui tu pourras travailler des choses

Autant d’affirmations ouvrant pour lui davantage de questions et d’inquiétudes qu’un réel désir à tenter l’aventure. Parler de quoi ? Raconter quoi ? Pourquoi ? Travailler quoi ?

Rares pourtant sont les enfants qui m’expriment leur désaccord à venir une fois la rencontre faite, tant la psychothérapie est un lieu vivant et vivifiant, où l’on joue et l’on rit. Leur a-t-on dit ? On n’oublie bien trop souvent que le plaisir de la rencontre est certainement le premier moteur d’investissement pour l’enfant, le cœur-même du soin.

Pour reprendre l’expression, auriez-vous envie de « travailler des choses » avec quelqu’un que vous n’avez pas plaisir à rencontrer ? En qui vous n’avez pas investi suffisamment de confiance ?

Commencer par interroger nos propres représentations !

Aussi, présenter la proposition d’une psychothérapie à son enfant commence déjà par interroger ses propres représentations d’adulte concernant la démarche.

Pour avoir travaillé huit ans en pédopsychiatrie, je crois pouvoir dire que ces représentations sont justement très souvent comme « adultomorphes », transposant une représentation de psychothérapie d’adulte à celle un enfant.

Je crois qu’il s’agit d’un axe essentiel de préparation des familles aux soins individualisés de leur enfant. Nous avons en effet de cesse, du côté des institutions comme du côté des familles ou de la société, d’éprouver les écarts entre ce qui est imaginé du soin psychique, et ce qu’il s’y passe effectivement, ou encore ce qu’il ne s’y passe pas !

Théories du soin

J’ai eu la chance il y a quelques années de tomber sur une réflexion passionnante du Pr René Roussilon à ce sujet : parlant des théories de soin.

Le terme théorie fait en effet appel à des principes, des règles, des organisations, des hypothèses. Par théorie, j’entends parler ici des constructions que les uns et les autres (parents, enfant, tout autant que le psychothérapeute, institutions…) peuvent bâtir à propos du symptôme et de la souffrance de l’enfant qui consulte, et les moyens et les buts par lesquels le soin va passer.

Il y a là, me semble-t-il, un point de départ absolument essentiel pour co-construire un projet de soin avec la famille, et les institutions partenaires quand il en est question.

Si nous parlons de rencontres, il m’est précieux d’ouvrir une pensée sur les manières dont les théories de soin des uns et des autres, justement, se rencontrent.

Pour chacun des protagonistes, cela n’est jamais sans effet. On peut par exemple s’interroger sur un premier corollaire, à savoir ce qui est présenté de la psychothérapie à l’enfant ?

Allez ! Travaille bien !

J’ai en tête une conductrice de taxi que j’aime bien qui, lorsqu’elle m’emmène mes petits patients, leur dit toujours tendrement : « allez, travaille bien ! ».

A force de la croiser, bien de petites choses ainsi lâchées me laissent à penser que, dans la théorie qu’elle se fait à propos de la séance, il y aurait peut-être une atmosphère studieuse, peut-être quelque chose d’un peu scolaire, avec des airs de crayons, de feuilles, de petits exercices.

Je pars de ce petit exemple pour questionner le fait suivant : quels effets cela peut-t-il avoir, par exemple, de présenter à un enfant la psychothérapie comme un « travail » ? Comment cela pourrait-il, par exemple, être reçu par exemple par un enfant en échec scolaire, qui n’arrive pas à « travailler »? Ou un enfant très soucieux de sa performance ?

On dit ou on entend souvent des choses telles que : « quelqu’un avec qui tu vas parler », « quelqu’un avec qui tu vas pouvoir t’exprimer », «faire sortir des choses », « parler des problèmes »…  Comment cela peut-il être reçu par tel ou tel enfant ? Est-ce rassurant ou au contraire l’ouverture d’un gouffre à de nouvelles questions et appréhensions pour l’enfant ?

Pourquoi ne lui dit-on pas “quelqu’un avec tu vas jouer” ?

Comment parler à l’enfant de la psychothérapie qu’on lui propose ? Comment ajuster cette présentation ?

Illustration à partir d’un échec de psychothérapie

Je m’appuie sur une illustration clinique pour continuer ma réflexion.

Khadija, 8 ans.

Il y a plusieurs années, une petite fille que j’appellerai Khadija (pseudonyme) m’a été adressée en psychothérapie par un pédopsychiatre. La démarche avait été mise en place dans quelque chose d’assez précipité, avec des parents – nous l’avons réalisé par la suite – qui n’étaient pas encore prêts à accepter et soutenir la psychothérapie de leur fille.

Il ne l’avait en fait acceptée qu’à partir de l’idée que j’amènerai Khadija à parler d’un traumatisme familial survenu quelques années auparavant,  dont ils souffraient beaucoup (bien plus qu’elle) et sur lequel ils localisaient la seule explication des troubles du comportement de leur fille.

Leur théorie concernait donc ce traumatisme dont elle « n’arrivait pas à parler » et la guérison passait essentiellement par leur attente qu’elle parviendrait, avec moi, à parler.

A mesure que je la recevais, je découvrais dans ce qu’elle me rapportait que je n’avais pas clairement perçu les représentations que les parents se faisaient de mon travail.

Je découvrais que les questions autour l’éducation et de la discipline étaient centrales chez eux. Je crois pouvoir dire que c’était des parents que des histoires douloureuses avaient fragilisés. Ils se soutenaient par des défenses très rigides auxquelles Khadija tentait comme elle pouvait de résister.

Dans leur représentation, je participais également à leur mission de « rééducation ». Je sentais rapidement le poids de l’attente parentale de la « remettre dans le droit chemin », ce qui ne tarda pas à venir se heurter aux mouvements de liberté, de jeu et de créativité propres à la psychothérapie d’enfant.

Premières difficultés avec les parents

Non seulement nous ne parlions pas du traumatisme (elle amenait d’autres choses), mais en plus je  proposais à Khadija, en quelque sorte, des choses dont ils se plaignaient à la maison : du jeu.  Or les parents me disaient « qu’elle ne pense qu’à jouer », « qu’elle se permet trop de libertés ».

La jeune fille me faisait part des « interrogatoires » à son retour de séance, de ce que j’avais pu dire qui était disséqué, repris, par les parents. Ils se montrèrent de plus en plus méfiants à mon égard, froids. Ils m’appelaient pour me faire part de leur mécontentement, demander des comptes, se plaindre de l’inefficacité de mon travail.

La psychothérapie a été interrompue très rapidement à l’initiative des parents, qui pensèrent à ce moment que la solution se trouvait dans la scolarisation en privée. Son papa rentra dans le bureau pour me l’annoncer. Pendant que je continuais de parler avec le père, elle fit un dessin que je ne vis qu’après leur départ. Elle avait dessiné un cœur brisé.

Ecarts entre ce qui est imaginé de la psychothérapie et ce qu’il s’y passe effectivement

Installée beaucoup trop tôt, cette psychothérapie n’a pu se poursuivre.  On peut sentir l’écart encore beaucoup trop grand pour qu’il puisse se produire une reconnaissance mutuelle quand à la mise en place d’une psychothérapie : ce n’était pas encore le moment, ou peut-être que l’indication n’était pas envisageable.

Elle représentait en tout cas des perturbations bien trop douloureuses pour l’économie familiale. Si d’un côté je voyais Khadija souffrir de ces interactions familiales, d’un autre côté il y avait cette intense souffrance des parents à entendre, cet effondrement dépressif contre lequel ils luttaient.

Ils se soutenaient psychiquement en localisant en grande partie la souffrance sur Khadija par d’importants mouvements projectifs. C’était comme ça, ils ne pouvaient pas faire autrement et Khadija ne pouvait pas faire autrement que de résister.

Ecarts entre la représentation parentale et la représentation du psychothérapeute

La théorie que se faisaient ces parents à propos de la psychothérapie de leur fille transitait uniquement par un travail sur le traumatisme familial et sur les « règles », la discipline.

Concernant ma propre théorie à moi sur la psychothérapie, elle concerne dans le fond la création commune, essentiellement par le jeu, d’un point de rencontre psychique avec l’enfant. Un lieu qui n’appartient qu’à nous deux, dans lequel il va pouvoir à la fois me dire quelque chose de lui à entendre, me laisser lui restituer quelque chose à propos de ce qu’il me dit.

J’ai procédé de la même manière avec Khadija. Nous jouions beaucoup, elle me parlait beaucoup de sa vie d’écolière, de ses tourments et des conflits dans lesquels elle était régulièrement prise avec ses copines.

Ma théorie n’était au fond pas plus thérapeutique que celle des parents dans la mesure où elle n’était pas reconnue par eux et rentrait même en concurrence avec la leur. Elle ne pouvait pour ainsi dire ouvrir aucun travail psychothérapique.

Nous leur avions proposé quelque chose qui n’était pas adapté à eux, qu’ils n’étaient pas prêts à accepter.

Rencontre entre les représentations des parents et celles du thérapeute : un matériel de travail très riche

Les humains pensent, supposent, fantasment, construisent, tout autant que le psychothérapeute ou le consultant (qui le questionne toutefois !) et si faire avec et interroger ces théories pour produire des ajustements fait partie intégrante de la rencontre, cela amène aussi sur le terrain du soin un premier matériel.

Elle ne peuvent trouver une fécondité thérapeutique qu’à partir du moment où elle peuvait se rencontrer avec celle des familles, s’ajuster, se discuter, se faire comprendre : être reconnue mutuellement pour pouvoir, parfois même de façon infime, se lier et continuer d’évoluer ensemble.

Le point de départ décisif pour la psychothérapie d’enfant

Peut-être pourrions imager la rencontre de ces théories, comme celle, en quelque sorte, de plusieurs musiciens qui se présenteraient sur scène avec chacun une partition différente.

Le père joue du jazz, la mère du classique, l’éducateur joue en la majeur, l’institutrice s’émoie en sol mineur, l’enfant valse en trois temps, et le consultant cherche une gamme pour improviser quelque chose !

Il y a ce bruit de la première rencontre : de la cacophonie aux petites fausses notes, on s’entend pas ; on s’entend mal ; on se comprend mal ; mais si nous nous rencontrons, alors c’est que nous avons au moins le désir, ou du moins l’ébauche, de jouer quelque chose ensemble !

Il y a déjà un travail si fourni, si essentiel, pour tenter de trouver une gamme sur laquelle pouvoir s’entendre : un temps fondamental d’ajustement nécessaire pour chaque situation, si l’on souhaite co-écrire avec la famille un projet de soin qui puisse être compris et reconnu par chacun.

C’est à ce moment précis où la famille, l’enfant et le thérapeute, parviennent à construire une théorie commune, partagée et partageable, que se produit un moment décisif de la cure, notamment pour la mise en place d’une psychothérapie.

Il y a là un axe important du travail de soin, dans tout cet amont si essentiel qui va installer une psychothérapie. Décrétée plutôt que reconnue, elle pourra rapidement avorter, j’espère en avoir fait ici la démonstration.

Guillaume

Psychologue clinicien, psychothérapeute

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